Un trésor musical méconnu

Les fonds musicaux de la Bibliothèque nationale de France (BNF) conservent un trésor peu connu : des centaines de partitions composées par des femmes au XIXe siècle, cataloguées sous des cotes qui ne mentionnent pas le genre de leurs auteurs. Ce catalogue, établi à partir des recherches du musicologue Marcel Jean Vilcosqui, permet de mesurer l’ampleur d’une création musicale féminine que l’histoire officielle a longtemps ignorée.

Organisation des fonds

Les partitions sont réparties entre plusieurs départements :

  • Département de la Musique (site Richelieu, Paris 2e) : fonds principal, partitions imprimées et manuscrits
  • Bibliothèque de l’Arsenal : fonds complémentaires
  • Bibliothèque-musée de l’Opéra (Palais Garnier) : partitions liées aux représentations lyriques

Les cotes Vm7 désignent la musique vocale, Vm12 la musique instrumentale. Les numéros qui suivent permettent d’identifier précisément chaque œuvre.

Extraits du catalogue alphabétique

Ce catalogue ne prétend pas à l’exhaustivité — il constitue un point d’entrée dans un corpus considérable.

A

Asselin (Zélie) : L’Élégante, grande valse pour piano op. 3 (1863, Vm12 g 431) ; L’Oracle des champs, valse pour piano op. 2 (1862, Vm12 g 432) ; Le Musée du danseur, polka-mazurka (1861, Vm12 d 117). Voir aussi La France élégante (1861, Vm7 8130).

Auffant (Mlle Léon) : Agnus Dei (1859, Vm7 28770) ; Le Bouquet de violette, quadrille pour le piano (1856, Vm12 e 373) ; Fleurs naissantes, 1er recueil de six petits morceaux faciles pour piano (1856, Vm12 i 91-92) ; O Salutaris avec accompagnement d’orgue (1859, Vm7 28774) ; La Poupée au bal, polka pour piano (1860, Vm7 28775) ; Recueil de poésies religieuses (1857, Vm1 1947).

Aublet (Mme P.) : Pourquoi, romance, paroles de Mme F. Aublet (1871, Vm7 28681) ; La Raison et la folie, dialogue (1870, Vm7 26582).

Aubry (Louise) : Voir la section Revue et Gazette Musicale (1861–1862).

B

Bataille (Mme Alexandre) : Annonce dans la Revue et Gazette Musicale (30 juin 1861) de 15 mélodies, dont Les Français en Syrie et Les Pupilles de la Garde, polka mazurka. Voir Le Monde musical, n°11, 1862. Auprès de toi, romance (1860, Fol Y 265).

Brenet (Michel) — pseudonyme de Marie Bobillier (1858–1918) : Musicologue et auteure d’une biographie de Jacquet de La Guerre. Ses œuvres musicales sont peu documentées mais ses écrits — notamment Quatre femmes musiciennes (1894) — constituent une source primaire inestimable sur les compositrices françaises.

C

Chabrier (Mme Emmanuel) : Partitions et arrangements de l’œuvre de son mari, mais aussi quelques compositions propres conservées dans les fonds Chabrier.

Chaminade (Cécile) (1857–1944) : Pianiste et compositrice de renommée internationale. Ses Études de concert (op. 35), son Concertstück pour piano et orchestre et ses Pièces pour piano connurent un succès international considérable. Ses partitions publiées chez Enoch se trouvent dans les fonds Vm12 et dans des collections de périodiques musicaux.

D

Desportes (Yvonne) (1907–1993) : Compositrice prolixe (340 opus), lauréate du Prix de Rome et professeure au Conservatoire. Ses œuvres pour piano, son quatuor à cordes et ses mélodies sont conservés dans les fonds Rés. Vm.

Duchambge (Pauline) (1778–1858) : L’une des compositrices de romances les plus célèbres de la première moitié du XIXe siècle. Ses romances, publiées par les plus grands éditeurs parisiens, furent chantées dans tous les salons. Cotes multiples dans les fonds Vm7.

F

Farrenc (Louise) (1804–1875) : Les plus importantes compositrices du siècle. Ses symphonies (Vm2 21, 22, 23), ses quintettes, son Nonet en mi bémol majeur (Vm7 ms 2834) et ses nombreuses Études pour piano sont conservés à la BNF. Ses partitions ont été rééditées depuis les années 1990 par des éditions musicologiques.

Fauré (comtesse de) et diverses compositrices de l’aristocratie : Leurs œuvres, publiées à compte d’auteur ou dans des revues musicales, représentent une part significative des fonds Vm7.

G–L (extraits)

Grandval (Clémence de) (1830–1907) : Compositrice de mélodies, de musique de chambre et d’un opéra comique (La Comtesse Eva, 1864). Élève de Saint-Saëns, elle était l’une des rares femmes à composer dans les grands genres instrumentaux. Ses œuvres se trouvent dans les fonds Vm2 et Vm7.

Holmès (Augusta) (1847–1903) : Née de parents irlandais, naturalisée française, élève de César Franck. Sa production symphonique et lyrique est considérable. Son Ludus pro patria pour orchestre et chœur (1888) et son Ode triomphale (1889) sont conservés dans les fonds Vm2. Sa partition d’Argonautes (opéra, 1881) se trouve à la Bibliothèque de l’Opéra.

Le legs de Vilcosqui

Ce catalogue s’appuie sur les recherches du musicologue Marcel Jean Vilcosqui (doctorat Sorbonne 1977, thèse d’État 1986 sur la femme dans la musique française 1671–1946). Son travail pionnier — exhumant des noms oubliés, reconstruisant des bibliographies, croisant les sources — constitue le premier inventaire systématique de la création musicale féminine en France.

L’accès numérique aux fonds BNF via Gallica (gallica.bnf.fr) permet aujourd’hui à tout chercheur de retrouver et d’écouter certaines de ces œuvres, grâce aux numérisations progressives des partitions et aux enregistrements historiques conservés dans les archives sonores de l’INA.

Comment utiliser ce catalogue

Les cotes BNF mentionnées permettent d’accéder directement aux partitions via :

  • Catalogue général BnF (catalogue.bnf.fr) : recherche par cote ou par compositrice
  • Gallica (gallica.bnf.fr) : partitions numérisées en accès libre
  • OPAC de la Bibliothèque de l’Opéra pour les fonds lyriques
  • ARK BnF (ark.bnf.fr) : identifiants pérennes pour chaque document