Paris capitale mondiale du jazz
Dans les années 1920, Paris devint la capitale mondiale du jazz. Les expatriés afro-américains qui fuyaient la ségrégation américaine trouvèrent à Paris un accueil enthousiaste et une liberté inconnue dans leur pays d’origine. Les clubs de la rive gauche et de Montmartre résonnaient de nouvelles musiques.
Au cœur de cette effervescence, des femmes jouèrent un rôle central — à commencer par celle qui incarna mieux que tout autre la fusion du jazz, de la scène parisienne et de l’émancipation féminine.
Joséphine Baker : la révolution parisienne
Joséphine Baker (1906–1975) arriva à Paris en 1925 avec la Revue Nègre. Sa performance au Théâtre des Champs-Élysées provoqua une sensation immédiate : jamais un spectacle n’avait allié avec une telle audace la danse, la musique jazz et une liberté corporelle qui choquait autant qu’elle fascinait.
Baker ne fut pas seulement une chanteuse et danseuse de jazz : elle fut une icône culturelle totale. Sa villa aux Milandes en Dordogne, où elle adopta ses douze enfants de nationalités différentes — sa « tribu arc-en-ciel » — incarna une vision utopique de la fraternité universelle. Son engagement dans la Résistance française lui valut la Médaille militaire et la Légion d’honneur.
Ses chansons — J’ai deux amours, La Petite Tonkinoise, Mon Homme — restent des classiques de la chanson franco-jazz.
Les pionnières instrumentistes
Si les chanteuses occupaient le devant de la scène, des femmes s’imposèrent aussi comme instrumentistes dans le jazz français.
Mimi Perrin (1926–2010) fut une vocaliste et arrangeuse hors norme. Chanteuse du Swingle Singers, elle fut aussi la directrice artistique des Double Six, groupe vocal de jazz qui, dans les années 1960, transforma en chants à plusieurs voix les improvisations de Dizzy Gillespie ou Miles Davis. Ses arrangements témoignent d’un génie musical rarissime.
Au piano, des femmes comme Martial Solal (non, un homme), mais la pianiste Sophia Domancich (née en 1955) s’imposa dans le jazz libre français à partir des années 1980, collaborant avec Henri Texier et de nombreuses figures de la scène improvisation française.
Le blues en France : une tradition tardive
Le blues, musique née dans le delta du Mississippi, n’arriva en France qu’après la Seconde Guerre mondiale, d’abord via les disques américains, puis via les tournées des grands bluesmen. Des femmes françaises se réapproprièrent cette tradition avec leurs propres accents culturels.
La tradition française du blues vocal féminin se développa dans les années 1960–1970, influencée par le rhythm and blues américain et par les développements du rock’n’roll en France. Des chanteuses comme Diane Tell, Liane Foly et plus récemment Zaza Fournier ont exploré les territoires du blues et du soul avec un accent français authentique.
La scène contemporaine
La scène jazz et blues féminine française est aujourd’hui d’une grande vitalité. Des vocalistes comme Cyrille Aimée (née en 1984, franco-américaine) s’imposent sur la scène internationale avec un style mêlant jazz vocal, gypsy jazz et pop.
Leïla Soldevila, Sandra Nkaké, Cécile McLorin Salvant (née à Miami mais formée à Marseille au Darius Milhaud Conservatoire) : la liste des voix féminines exceptionnelles formées ou actives en France est longue.
Pour les grandes chanteuses, voir aussi les grandes chanteuses françaises et la musique classique française. Côté instrumentistes, une nouvelle génération se profile : saxophonistes, trombonistes, pianistes, contrebassistes — des femmes qui investissent tous les territoires du jazz contemporain, de la tradition bebop à la free improvisation, avec une créativité qui annonce une profonde transformation de la scène.